Renee Rosnes & Bill Charlap

J’aime beaucoup sur Jazz Med faire découvrir des interprètes vocaux. Une fois n’est pas coutume, place aux musiciens. Je suis tombé sur un couple de pianistes canadiens Renee Rosnes et Bill Charlap partenaires de scène, et mari et femme à la ville. Je ne saurais expliquer pourquoi mais je n’ai guère d’accointance avec cet instrument. Certes je ne suis pas musicien, et je ne peux apprécier réellement le travail du pianiste sous un angle technique. Très souvent je n’aime guère le rapport de domination que le pianiste entretient avec son instrument, rares sont les pianistes qui me touchent. J’aime, comme dans l’éducation des chevaux, les « chuchoteurs », ceux qui apprivoisent avec finesse et douceur leur instrument.

J’ai particulièrement aimé la finesse de touche de Renee Rosnes et de Bill Charlap. Pour les découvrir un peu mieux, je vous propose une interview réalisée par Alain Brunet pour le site La Presse (lapresse.ca), site canadien d’information.

 

Fiers représentants de l’élite pianistique sur la planète jazz, l’Américain Bill Charlap et la Canadienne Renee Rosnes sont mari et femme dans la vie. Leur famille reconstituée coule des jours heureux dans une résidence du New Jersey, en bordure de la Grosse Pomme. Les deux pianistes mènent des carrières on ne peut plus excitantes en plus de… jouer ensemble, en témoigne l’album Double Portrait paru en 2010 sous étiquette Blue Note. Nous les avons réunis pour en apprendre davantage sur leur complicité.

Q: Qu’appréciez-vous du jeu de l’autre?

Renee Rosnes : Je suis une grande fan du jeu de Bill. Et j’appréciais ses grandes qualités bien avant que nous ne fussions ensemble. Sa touche est magnifique, son sens rythmique est impeccable. Il écoute, il note, sa dynamique est remarquable. En bref, sa musique me touche aujourd’hui comme elle m’a toujours touchée. Vraiment  il est un musicien formidable. Lorsque nous avons commencé à jouer en duo, nous avons tout de suite réalisé que notre complicité coulait de source.

Bill Charlap : Renee est une musicienne accomplie. Je suis aussi touché par sa musique, sa touche, son sens rythmique, l’étendue de ses connaissances musicales, son goût indiscutable. Le groupe qu’elle dirige vient de faire une semaine au Village Vanguard, j’y ai entendu le meilleur jazz que je pouvait imaginer – Lewis Nash, Peter Washington, Steve Nelson, quatre maîtres! Avec Renee, c’est toujours la musique qui l’emporte; elle ne s’égare jamais dans la fioriture, le tape-à-l’oeil, l’ornement inutile. Sa technique est néanmoins très élevée, tout autant que celles de plusieurs techniciens qui s’exhibent sans goût. Si nous n’étions pas mariés ensemble, je serais aussi fan de son jeu.

Q. Est-il possible de séparer la relation conjugale et la relation musicale?

Renee Rosnes : Notre relation amoureuse rejaillit dans notre musique, notre travail répond à la question! Nous avons une famille reconstituée de trois enfants âgés de 13 à 15 ans – j’ai un fils, Bill a deux filles. Je travaille beaucoup, je voyage partout dans le monde et je rentre chez moi au Canada au moins deux fois l’an pour visiter ma famille et mes amis proches – Vancouver, Victoria, Alberta, Toronto. Le Canada me manque mais ma vie est à New York. Notre résidence se trouve à une demi-heure de voiture de Manhattan. Vous imaginez bien que notre vie de parents et de musiciens est très chargée. Mais cette vie est heureuse et ça ne peut qu’apporter du bon à notre musique. Honnêtement, je n’y vois pas de côté sombre.

Q. Comment partagez-vous vos… différences?

Bill Charlap : Nous menons des carrières différentes au-delà du duo; Renee travaille avec Ron Carter, elle a son propre quartette, j’ai mon trio, j’en passe. Renee est une grande compositrice, ce qui occupe d’ailleurs une large part de son art. Je suis émerveillé par sa capacité à écrire de la musique avec autant de profondeur. Elle a un don très rare, ce qui représente d’ailleurs une différence entre nous. Malgré nos points communs, nous n’avons pas écouté exactement les mêmes musiques. J’apprends énormément d’elle en ce sens. Elle me fait découvrir des éléments du jeu de collègues ou de géants du jazz ou même de la musique brésilienne que je n’avais pas observés comme elle l’a fait. Je lui dois plusieurs améliorations de ma propre compréhension de la musique. C’est bien de partager cette information, respecter nos différentes et faire évoluer notre relation de manière exponentielle. Le plaisir va en augmentant, je vous assure!

Renee Rosnes : Bill a écouté énormément de musique. Chaque fois que nous préparons un concert, je suis impressionnée par la quantité phénoménale d’informations musicales dont dispose Bill, particulièrement sa connaissance profonde du Great American Songbook. Il me fait découvrir des angles d’exploration d’une chanson que je n’ai jamais observés auparavant.  Par exemple, certaines partie de piano inconnues accompagnant la mélodie vocale avec laquelle je n’étais pas du tout familière. Toute cette science étoffe ma vision d’un standard, plus complète à cause de lui. Avant d’être à ses côtés, je n’utilisais pas cette information précieuse, je n’avais pas ce niveau de compréhension.

Q. Cette relation si harmonieuse comporte-t-elle quelques petits conflits?

Bill Charlap : Je je dirais qu’il n’y a pas de conflits importants ni de compétition. Bien sûr, nous sommes humains et quiconque vit dans une telle proximité traversera des séquences moins harmonieuses, mais ça fait partie de la vie. Ça fait partie également de l’apprentissage. Il y a toujours un objectif commun même s’il faut parfois combattre pour y parvenir. Si un désaccord assez marqué surgit entre nous, je continue à respecter Renee. J’accepte alors cette idée qu’elle doit avoir une excellente raison de faire un choix qui ne me semble pas évident de prime abord. J’essaie d’écouter ou bien… je me retire afin de réfléchir à une proposition qui me semble plus difficile à admettre.

Renee Rosnes : Il se peut que nous ayons une opinion différente sur un sujet ou un autre lorsque nous travaillons sur la musique, mais il demeure toujours un total respect entre nous Nos désaccords ne se dégénèrent jamais. Nous décidons d’accepter nos différences. Pour certaines progressions d’accords, il arrive que nous ne soyons pas sur la même longueur d’ondes mais nous finissons immanquablement par faire un compromis quant au choix de l’autre. Car il faut une participation égale des personnalités dans un duo.

(© Alain Brunet pour le site La Presse )

 

Renee Rosnes

 

Renee Rosnes et Bill Charlap

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